Se rendre au contenu

Quelle médiator utiliser en jazz manouche

20 février 2026 par
Andela Julien


En jazz manouche, le médiator n’est pas un simple accessoire : il participe directement au volume, à l’attaque et à la précision du jeu. Depuis Django Reinhardt, le style repose sur une attaque puissante en rest stroke picking (jeu en butée). Le choix du médiator devient donc un élément central dans la construction du son.

Dans cet article, nous allons nous concentrer uniquement sur le médiator en lui-même. La technique spécifique de la main droite mérite un développement à part entière, un autre article traite du sujet ici:


1. L’épaisseur : la base du son

Les guitaristes manouches utilisent généralement des médiators épais, souvent compris entre 2 mm et 5 mm.

Pourquoi ?

Parce qu’un médiator rigide plie peu, transmet mieux l’énergie à la corde et permet une attaque plus nette et plus puissante. Plus l’épaisseur est importante, plus la surface de contact avec la corde augmente, ce qui peut apporter davantage de densité et de rondeur au son.

Ce choix est directement lié à la technique du rest stroke picking, qui nécessite une attaque ferme et contrôlée.

En revanche, un médiator très épais peut demander plus de précision technique et offrir moins de polyvalence. Il n’existe pas d’épaisseur “idéale” universelle, mais en dessous de 1 mm, la rigidité devient généralement insuffisante pour le style.


2. La forme : précision ou rondeur

La forme du médiator influence à la fois la prise en main et le rendu sonore.

Certains modèles sont plus larges ou triangulaires, ce qui améliore la stabilité dans les doigts. D’autres sont creusés ou texturés pour favoriser l’adhérence.

Mais c’est surtout la forme de la pointe qui influence le son :

  • Une pointe effilée donnera une attaque plus sèche et précise.

  • Une pointe plus arrondie (voire légèrement usée) offrira davantage de surface de contact et produira un son plus rond et plus chaleureux.

La manière dont le médiator est tenu — notamment son inclinaison par rapport aux cordes — modifie également l’angle d’attaque et donc la couleur sonore.


3. Quelques modèles souvent cités

Dans la pratique actuelle, plusieurs fabricants sont régulièrement mentionnés par les guitaristes spécialisés :

médiator jazz manouche

Wegen Picks  

Modèles épais spécifiquement développés pour le jazz manouche. Bonne prise en main, excellente durabilité et attaque réactive. Leur prix peut être un frein, et certains trouvent leur son légèrement sec.

technique jazz manouche

Dugain

Fabrication française, large choix de matériaux, son puissant. La forme ergonomique “pouce/index” divise : certains l’apprécient, d’autres la trouvent contraignante.

célèbre médiator manouche

Dunlop Manufacturing

popularisés notamment par Biréli Lagrène (notamment au concert Jazz à Vienne en 2002). Plus polyvalents et accessibles, disponibles dans de nombreuses matières et épaisseurs. En revanche, ils offrent souvent moins de puissance et peuvent sembler petits en main.

Il n’existe pas de modèle officiel : le choix reste personnel.


4. La matière : rigidité et réponse sonore

Les médiators peuvent être fabriqués en celluloïd, nylon, Delrin (acétal, souvent appelé Tortex) ou autres matériaux synthétiques.

  • Le celluloïd offre un son plutôt chaud et équilibré.

  • Le nylon est plus souple et produit une attaque plus douce.

  • Le Delrin / acétal est apprécié pour sa rigidité, sa résistance et son attaque plus nette.

Plus un matériau est dense et rigide, plus la transmission d’énergie vers la corde est directe, ce qui améliore la projection et la précision.


5. Et Django, lui ?

À l’époque de Django, les médiators étaient souvent fabriqués en écaille de tortue ou en corne — des matériaux rigides produisant un son clair et puissant, adaptés au jeu acoustique non amplifié.

Plusieurs médiators attribués à Django ont été conservés : l’un transmis par sa sœur, un autre conservé par Stéphane Grappelli puis offert à Martin Taylor, ainsi qu’un troisième dont une réplique circule aujourd’hui.

Les témoignages évoquent des médiators solides, parfois fabriqués artisanalement, avec une épaisseur estimée entre environ 1,2 mm et 4 mm.


Conclusion : le médiator ne fait pas tout

Le médiator est un outil important, mais il ne remplace ni la technique ni l’intention musicale.

Pour jouer le jazz manouche, la priorité reste d’utiliser un médiator rigide et stable. Les autres paramètres — forme, matière, marque — affinent le résultat, mais ne remplaceront jamais la maîtrise du geste et la qualité de l’attaque.

En définitive, le médiator idéal est celui qui permet de produire un son clair, puissant et maîtrisé — sans contrainte dans la main.






La technique main droite